Le Plan Épargne Retraite est souvent présenté comme « l'outil de défiscalisation du dirigeant ». C'est vrai, mais la vraie question n'est pas « est-ce que je peux déduire ? », c'est « combien, exactement, et avec quel levier ? ». La réponse dépend de votre statut, de votre rémunération et de plafonds que la plupart des dirigeants n'utilisent qu'à moitié.
Le principe : déduire de son revenu imposable
Chaque euro versé sur un PER individuel est déductible de votre revenu imposable, dans la limite d'un plafond annuel. L'économie d'impôt dépend donc directement de votre tranche marginale d'imposition (TMI). Pour un dirigeant dans la tranche à 41 %, 1 000 € versés ne coûtent réellement que 590 € : l'État prend en charge la différence via la réduction d'impôt.
Plus votre tranche d'imposition est élevée, plus le PER est efficace. C'est l'outil de défiscalisation le plus simple à activer pour un dirigeant fortement imposé.
Le plafond : ce que beaucoup ignorent
Pour un dirigeant assimilé salarié (gérant minoritaire de SARL, président de SAS), le plafond de déduction est égal à 10 % des revenus professionnels de l'année précédente, retenus dans la limite de 8 PASS, soit un plafond maximum de l'ordre de 35 194 € pour 2026. À défaut de revenus suffisants, un plancher s'applique sur la base de 10 % du PASS.
Pour un TNS (gérant majoritaire), s'ajoute une déduction supplémentaire « Madelin » de 15 % sur la fraction du bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS, ce qui peut porter le plafond total au-delà de 85 000 €.
Le report des trois années non utilisées
C'est le point le plus mal exploité : les plafonds non consommés des trois dernières années sont reportables. Un dirigeant qui n'a jamais versé sur un PER peut donc cumuler quatre années de plafond et réaliser un versement déductible massif, utile l'année d'une cession, d'une prime exceptionnelle ou d'un bénéfice élevé.
Cas concret : dirigeant de SAS à La Réunion
Prenons Marc, président de SAS, rémunération de 90 000 € par an, TMI à 41 %, qui n'a jamais alimenté de PER.
- Plafond de l'année : 10 % × 90 000 € = 9 000 €
- Report des 3 années précédentes (plancher minimum) : environ 13 000 €
- Capacité de versement déductible totale : ≈ 22 000 €
- Économie d'impôt à 41 % : ≈ 9 000 €
Autrement dit, Marc peut placer 22 000 € pour sa retraite en ne supportant qu'un effort net d'environ 13 000 €, le reste étant financé par l'économie d'impôt.
Versement personnel ou abondement par la société ?
Le dirigeant a souvent deux portes d'entrée : verser à titre personnel sur un PER individuel, ou faire abonder par l'entreprise via un PER collectif. Les deux ne se valent pas selon la situation :
- Versement personnel : déduction de l'impôt sur le revenu, idéal quand la TMI est élevée.
- Abondement par la société : exonéré de charges sociales (hors forfait social et CSG-CRDS dans les structures concernées), déductible du résultat de l'entreprise, souvent plus efficace globalement, surtout dans une TPE de moins de 50 salariés.
Le bon arbitrage combine fréquemment les deux. C'est précisément ce que nous chiffrons lors d'un bilan.
Ce qu'il faut retenir
- Le PER est d'autant plus rentable que votre tranche d'imposition est haute.
- Le plafond annuel n'est qu'un point de départ : le report des trois ans démultiplie la capacité de versement.
- L'arbitrage versement personnel / abondement société peut faire varier le gain net de plusieurs milliers d'euros.
Chaque situation est différente. Avant tout versement, le réflexe est de calculer votre disponible fiscal exact, c'est gratuit et cela évite les versements mal calibrés.